A propos calderoneddie

Cinéaste, cinéphile et étudiant en cinéma

10e PCJ. Stunt Woman (Ah Gam dik koo si 阿金) d’Ann Hui (HK/1996) La Nuit Américaine (Day For Night) de François Truffaut (France/1973)

Séance « Cinéma dans le Cinéma ».
Après plus d’un mois d’interruption (dernière séance le 5 mai), voici le Retour des Projections Chez Jacki.
J’ai pu entretemps aller au cinéma voir quelques bons films en salle (+quelques achats DVD intéressants), pour garder mon rythme de cinéphile, dont certains d’ailleurs très intéressants et que je vous invite à aller regarder (voir comptes-rendus).
Mais recentrons nous sur nos projections Chez Jacki, pour une soirée de cinéphiles purs et durs (une petite équipe, noyau dur composé Jacki, Mimi, Manu et Eddie). On présente donc ce soir deux films qui parlent de cinéma, chacun à leur manière, pour deux visions très différentes du 7e Art et de sa fabrication.
On commence donc à Hong Kong et son cinéma typique très porté sur l’action et les cascades, avec le film Stuntwoman d’Ann Hui On Wah (1996).
Ann Hui est une cinéaste hongkongaise méconnue en France, et pourtant elle est une auteur importante de la Nouvelle Vague hongkongaise.
La Nouvelle Vague du cinéma de Hong Kong nait au début des années 80, avec des réalisateurs comme Tsui Hark, Stanley Kwan, Ann Hui, Ringo Lam, Kirk Wong, Patrick Tam, Alex Cheung, Eddie Fong, Clara Law, Lawrence Ah Mon, etc.
Il s’agit pour eux de révolutionner et renouveler le cinéma de Hong Kong, et le sortir des carcans des studios Shaw Brothers ou leurs rivaux, et de la politique du cinéma de genre et d’exploitation, tout en s’inscrivant dedans, malgré leur vision d’un cinéma plus porté sur les auteurs. A cette période, à l’initiative de Tsui Hark, nait la société de production Film Workshop, à qui l’on doit notamment l’éclosion et l’expansion du cinéma mythique de John Woo entre autre. L’œuvre d’Ann Hui (qui a cependant participé à de prestigieuses productions de films d’action comme Swordsman en 1990 et Fong Sai Yuk en 1993, et de nombreux films en actrice), quant à elle, est plus portée sur un cinéma social et d’auteur engagé (très différent des habituelles productions hongkongaises). Après une formation à la télévision, où elle met en place son style, elle réalise depuis 1979 (The Secret, thriller inspiré d’un fait réel et The Spooky Bunch en 1980, film d’opéra chinois et de fantômes) des films (plus d’une vingtaine de longs métrages) qui sont une véritable étude sociale des thèmes de l’identité, de la guerre, de l’émigration, avec une mise en scène à la fois réaliste et épurée, proche du documentaire, mais aussi très sophistiquée. La réalité est un aspect important et essentiel de son cinéma.
Dans Stuntwoman, Ann Hui nous montre tout l’envers du décor et la réalité du cinéma de Hong Kong, et la manière dont il est fabriqué et produit. Problèmes de tournages, et conflits entre les équipes, description précise et détaillée du métier de cascadeur et celui de chorégraphe et son équipe, mise en place des scènes d’action et de cascades, plan-séquence qui livrent une visite guidée parmi les figurants divers sur un plateau de tournage hongkongais, faux-décor pour un film en costumes typique de Hong Kong, description du monde du cinéma et de ses techniciens (très proche de celui des gangsters qui d’ailleurs financent le film sur lequel les héros travaillent et les menacent s’ils ne finissent pas à temps), de leurs beuveries, leurs galères, leur amitié et leur solidarité au sein de l’équipe dirigée d’une main ferme et paternelle par le charismatique Sammo Hung (énorme et trop classe dans ses vestes sans manches ouvertes sur son gros bidon et ses superbes casquettes thaïlandaises). Michelle Yeoh est touchante et gracieuse, mais à cause d’une réelle blessure (lien étroit et ironique entre réalité et fiction) sur le tournage de Stuntwoman lors d’une cascade (celle du saut du pont sur un camion qui roule j’ai cru comprendre), elle occulte très vite tout l’intérêt du film (à savoir les tournages et leur description). Suite à cette blessure et aux complications engendrées, la réalisatrice décide de changer son scénario pour se centrer plus sur le personnage d’Ah Kam, et les relations de l’héroïne avec un playboy chinois pour un mariage raté, et avec le fils de Tung/Sammo Hung, qui meurt de manière impromptue et surprenante, suite à une pirouette scénaristique saugrenue (attaqué par un gangster ridicule et caricatural). Dans la seconde et la dernière partie, le ton du film devient plus alambiqué, par un mélodrame de dernière minute qui ne rehausse pas l’histoire. Celle-ci a bien commencé et a quelques moments forts et sympathiques, mais on sent que la cinéaste perd progressivement le contrôle de son œuvre, à mesure que l’histoire s’enfonce dans l’absurde (la fin sur le bateau pirate dans le parc d’attraction, totalement clichée, montre bien que la frontière entre réalité et fiction est définitivement franchie, avec Michelle Yeoh qui exécute des mouvements totalement surhumains et fantasmés, alors que c’est son métier dans le film de le suggérer. Bizarre mise en abyme). Sinon, mis à part toutes ses faiblesses, ce film est vraiment à voir, et reste intéressant pour ce qu’il nous apprend sur le cinéma de Hong Kong, si souvent mythifié et mystifié.

Je ne connaissais aucun des films de la cinéaste, et Stuntwoman me donne envie de découvrir plus en profondeur l’œuvre d’Ann Hui On Wah, réalisatrice trop peu connue en Occident, mais qui mériterait de l’être. J’ai regardé quelques bandes annonces de ses films (seule matière accessible), notamment celles de Night and Fog (2009) avec Simon Yam qui bat sa femme dans un rôle à contre courant et Jade Goddess of Mercy (2004) une histoire d’amour, et puis Boat People (1982), Story of Woo Viet (1981) et Song of the Exile (1990), films moins récents.
Une œuvre à découvrir.
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=8210&display_set=eng
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/ahkam/
http://www.imdb.com/title/tt0115485/
http://www.variety.com/review/VE1117432515.html?categoryid=31&cs=1&p=0
http://www.bbc.co.uk/films/2001/06/19/the_stunt_woman_1996_review.shtml
http://www.chinesecinemas.org/ahkam.html
http://www.hkcinemagic.com/fr/movie.asp?id=9
http://asia.cinemaland.net/html/actrice/michelle_yeoh.htm
http://www.allmovie.com/work/the-stunt-woman-154697
http://www.sogoodreviews.com/reviews/thestuntwoman.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ann_Hui


C’est intéressant de le programmer et de le mettre en relation avec La Nuit Américaine de François Truffaut (1973), second film proposé ce soir, sur la même thématique du « cinéma dans le cinéma » et du « film dans le film ».
‘La Nuit américaine’ est un véritable hommage à la technique cinématographique, contenu dans le titre même du film, qui désigne un procédé de tournage d’une scène de nuit en plein jour (illusion du cinéma). C’est aussi le manifeste de la Nouvelle Vague, qui déclare la fin du tournage en studio pour aborder le cinéma avec plus de réalisme et de proximité.
Truffaut nous livre avec ce film une description détaillée et minutieuse d’un tournage, et d’un plateau de cinéma en France (les studios de Nice plus précisément) avant la Nouvelle Vague et sa politique d’auteurs, et l’arrivée de nouvelles technologies qui permettent de faire du cinéma à moindre frais, avec des moyens et des équipes plus légers. Il nous parle d’un monde révolu et dépassé, celui du cinéma de studio, avec une grande nostalgie (cependant ce monde ne me semble pas si lointain, car les rapports humains décrits par Truffaut sur ce tournage de fiction sont si proches de la réalité, même aujourd’hui, des tournages et du cinéma). Tout au long du film, on sent l’amour de Truffaut pour le cinéma. C’est même une véritable mise en abyme de sa propre vie et expérience cinématographique, puisqu’il se met lui-même en scène dans le rôle du réalisateur, qui se pose des questions sur le sens de son métier, ses enjeux et ses contraintes, le problème de la création d’une œuvre, de la collaboration nécessaire avec une équipe (le cinéma ne se fait pas seul), et des rapports entre les différents membres de celle-ci, et comment concilier et fédérer tous ces individus, toutes ces personnalités autour d’un projet de film, véritable aventure humaine.
Connaissant l’univers des plateaux de tournages, on s’identifie totalement au personnages et leurs problèmes, on comprend de quoi parle Truffaut, qui sait parfaitement restituer l’ambiance effervescente de la fabrication d’un film, et ses situations et personnages spécifiques (les acteurs , leurs égos et leurs problèmes, le technicien/régisseur/accessoiriste boute-en-train et râleur, le réalisateur et ses problématiques de créateur, le producteur et son phrasé efficace et parcimonieux à l’image de ses préoccupations économiques de production, et surtout les filles du tournage : maquilleuse, scripte, assistantes, qui heureusement apportent une touche de fraicheur sur le plateau et désamorcent la tension).
Bon mais sinon, Jean Pierre Léaud, qu’est ce qu’il est relou dans le rôle d’Alphonse, acteur imbu, emphatique, surjoué. Pendant tout le film, dès qu’il ouvre la bouche (et même quand il l’ouvre pas), on a trop envie de le baffer. On comprend pourquoi il se fait larguer comme une merde.
Mais c’est vraiment un bon film sur le cinéma, fait par un amoureux obsessionnel de cinéma (ce petit garçon qui vole les photos du film Citizen Kane, et puis toute ces références et citations cinématographiques que je ne saurais relever, on sent toute l’érudition cinéphilique de Truffaut), et qui détaille très justement l’univers et l’ambiance de ce monde particulier. On voit les studios et les décors au début, et un peu le travail des techniciens, mais le film est nettement plus centré sur l’équipe mise en scène et les relations entre les membres de cette équipe au cœur du film. Un film qui donne vraiment envie de faire du cinéma. D’ailleurs, c’était encore plus intéressant de le regarder avec dans la tête la conception de CLAP, projet en cours d’écriture, de série courte sur le cinéma. Ce film est véritablement une référence pour l’écriture de ce projet, même si j’aimerai accentuer plus dans CLAP la dimension technique du cinéma. Une soirée cinéphilique très intéressante, qui m’a permis de me remettre ce projet de scénario en tête.
En attendant la fiche de Jacki, voici quelques liens et photos qui parleront plus que mon maigre avis sur La Nuit Américaine, que j’ai adoré voir. (Ça m’a d’ailleurs donné envie de voir Les 400 Coups et d’autres films de Truffaut) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Nuit_am%C3%A9ricaine_(film)
http://french.imdb.com/title/tt0070460/combined
http://www.critikat.com/La-Nuit-americaine.html
http://1001filmsavoir.blogspot.com/2008/10/101-truffaut-la-nuit-amricaine.html
http://films.blog.lemonde.fr/2007/03/23/nuit-americaine/
http://www.film-a-voir.com/2007/06/la-nuit-amricaine.html
http://www.cinemagora.com/film-3341-la-nuit-americaine.html
http://cinema.encyclopedie.films.bifi.fr/index.php?pk=51577
http://www.cine-memento.fr/nuit-americaine-p-1180.html
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/truffaut/nuitamericaine.htm
http://www.cineclubdecaen.com/analyse/livres/cinemaction124cinemaaumiroirducinema.htm
Quelques phrases mythiques aussi :
« Je laisserais un mec pour un film mais jamais un film pour un mec » la scripte, Nathalie Baye trop choubi
« Si on voulait gagner de l’argent, on ferait pas du cinéma » le producteur joué par Jean Champion


Voila pour ce compte rendu. On se retrouve très vite pour de nouvelles aventures cinéphiliques.
La prochaine fois, Manu nous présentera son programme et ses premiers films.

Eddie, le 25 juin 2009.

9e PCJ. Breaking News (Daai Si gin 大事件) de Johnnie To (HK/2004) et Borat de Larry Charles et Sacha Baron Cohen (USA/2006)


On continue le cycle Johnnie To initié la semaine dernière avec Election et The Longest Nite, tous 2 produits par la société Milkyway Image. Ce soir, présentation de Breaking News (2004) de Johnnie To (7 personnes répondent à l’appel). Cet article s’attarde juste sur le premier film de la soirée, Borat n’ayant pas été vu ce soir là.
C’est un réel plaisir de revoir ce film dans les conditions proposées par Jacki. On a pu apprécier ses magnifiques plans méga-esthétiques (les plans bagnoles au grand angle façon clip bling-bling, le jeu de chat et de souris dans les couloirs et cages d’escaliers dans l’immeuble, et surtout ce plan-séquence hallucinant (presque 8 minutes) d’introduction, véritable monument de cinéma, d’un point de vue technique et narratif) sur le beau mur blanc de la chambre de Jacki.
Résumé:
Une bande de braqueurs ouvre le feu sur la police en pleine rue à Hong-Kong. Ridiculisée devant les caméras de la presse, la police décide de répliquer en orchestrant l’arrestation des criminels en direct à la télévision. Toutes les forces disponibles sont envoyées au pied d’un immeuble où ils ont été repérés. La guerre des médias peut commencer.*
Un film qui joue sur l’utilisation des médias, l’embellissement et le contrôle de l’image pour filtrer l’information (accentué par la maîtrise parfaite de la mise en scène), le fait de montrer et d’informer (désinformer ?) pour tenter de légitimer une action, pour une mise en abyme intéressante de son propre rôle de cinéaste et de créateur d’images qui nous impose son point de vue et influence notre vision du monde et de la société. Un cinéaste est engagé, nous apprend l’attachée de presse, pour le montage des images de la police, afin de dynamiser l’ensemble, le rendre attrayant et pour aller dans les perspectives idéologiques d’une police hongkongaise bafouée et mise en échec par une poignée de braqueurs venus de Chine continentale (motif très récurrent dans le polar made in HK. Remarquons aussi qu’entre eux, ils parlent en mandarin, en opposition au cantonais/anglais des policiers de l’ex-colonie). Il s’agit clairement de redorer le blason de la police, de la replacer visuellement dans une position de contrôle total, de sécurité absolue. Cependant Johnnie To nous montre aussi que la réalité n’est pas aussi rose qu’on veut bien le montrer, notamment avec ces split-screens et une judicieuse utilisation du montage entre autre.


Les braqueurs ont beaucoup plus de classe et de charisme que les quelques membres de la police sur lesquels se centre l’histoire : le personnage incarné par un Nick Cheung super nerveux et têtu, dont la seule force est de ne jamais lâcher l’affaire, alors qu’il s’en prend plein la tronche pendant tout le film ; son lieutenant (joué par Hui Siu-Hung, second rôle souvent vu chez Johnnie To) qui a des problèmes intestinaux ; sans parler de l’inspecteur Rebecca, pseudo femme fatale qui gère les commandes de l’opération, et qui perd la face au fur et à mesure mais n’accepte pas ses erreurs, et son assistant/supérieur totalement dominé et dépassé par la situation (+Simon Yam en guest-star et son petit sourire narquois). La police de Hong Kong présentée par To est peu reluisante malgré les apparences et la fin qui leur donne raison. Les méchants du film ont une dimension positive, ils sont intelligents, calmes, déterminés, solidaires, ingénieux, et, fait intéressant, jouent eux aussi à la manipulation des images, avec leurs téléphones portables et à l’aide de la connexion internet du gamin de l’otage (génial Lam Suet).
Johnnie nous montre dans Breaking News une guerre de l’image, perdue d’avance par les méchants qui n’ont aucune légitimité et place dans cet univers lisse et propre. Ils doivent perdre et mourir pour que tout rentre dans l’ordre. Chez Johnnie To, la justice triomphe, même si elle s’en prend plein la gueule, même face à des méchants trop classes et peut-être même un peu sympas (on aurait pu être potes..), je pense à la magnifique scène du repas et de sa préparation qui apporte une vision très intelligente de ces braqueurs/tueurs à gage, des hommes comme tant d’autres qui préparent à manger parce qu’ils ont faim. D’ailleurs pour ces personnages là, le réalisateur utilise les codes du « hero-movie » (introduit par John Woo et son fabuleux A Better Tomorrow), issus des concepts de chevalerie chinoise. Par loyauté, et par amitié, les deux chefs (Richie Ren Xian-Qi et Yau Yung) échangent leurs missions à la fin du film et vont effectuer la tâche de leur pote qui ne pourra pas l’accomplir. Des bandits plein d’honneur face à une police qui tente tant bien que mal de rehausser sa réputation.
Breaking News confirme de nouveau l’incroyable talent de Johnnie To et sa maitrise technique implacable de l’image et de la mise en scène. Et comme je constate que ses films ont l’air d’être appréciés chez Jacki, je pense encore en montrer quelques uns.


Voir aussi:
Compte rendu Johnnie To à l’Ecran
http://wildgrounds.com/index.php/2007/08/09/un-livre-sur-le-realisateur-johnnie-to/
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/beakingnews/ *
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=10670&display_set=eng
http://www.imdb.com/title/tt0414931/
http://www.cineasie.com/BreakingNews.html
http://www.lafactory.com/films/1259-breaking-news-johnnie-to.html
http://www.lovehkfilm.com/reviews/breaking_news.htm
http://www.eurasie.net/webzine/Breaking-News-de-Johnny-To.html
http://www.critikat.com/Breaking-News.html
http://www.dvdrama.com/film-860-breaking-news.php
http://asie-vision.blogspot.com/2009/03/breaking-news.html
http://wildgrounds.com/index.php/2008/09/23/johnnie-to-en-russie/
http://asie.centerblog.net/5525150-PANORAMA-ASIATIQUE-BREAKING-NEWS-de-JOHNNY-TO–2004-Hong-Kong-Chine

Eddie, le 14 mai 2009.

8e PCJ. Election (Hei she hui 黑社會) de Johnnie To (HK/2005) et The Longest Nite (Um fa 暗花) de Patrick Yau (HK/1998)


Election (2005) de Johnnie To et The Longest Nite (1998) de Patrick Yau (Milkyway Images).

Comme promis la dernière fois (voir dernier compte rendu 7e PCJ), cette semaine, après le Japon et ses Yakuzas nihilistes et fâchés, direction Hong Kong (puis Macao), avec Johnnie To, un des meilleurs réalisateurs de l’ancienne colonie britannique depuis les années 90. On introduit l’œuvre de ce cinéaste génial, avec deux films excellents qui vont nous permettre d’appréhender l’univers des triades chinoises, caractéristiques de Hong Kong et de ses rapports avec la Chine continentale. Le programme prévu au départ étant de projeter les deux volets de Election (2005 et 2006), tournés à la suite, et qui constituent un cycle, même s’il peuvent être vus de manière autonome, et qu’ils se suffisent à eux seuls. Ces deux films décrivent de manière subtile, et sous l’angle politique du pouvoir et de la corruption, le monde impitoyable et cruel malgré les faux semblants, des triades chinoises (en l’occurrence ici la Wo Shing Society), à travers un rituel particulier, celui de l’ « élection » de leur président tous les 2 ans.
D’autre part, à noter, l’utilisation judicieuse du téléphone portable et ses possibilités de communication, qui apportent des possibilités de mise en scène, pour des situations comiques et décalées, en contrepoint par rapport à l’aspect dramatique et violent du film et son déroulement (la scène avec les deux hommes de main ennemis qui deviennent complices après un coup de fil impromptu et salvateur) [voir la critique de Isabelle Regnier sur : http://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/01/02/election-1-une-guerre-des-clans-autour-d-un-sceptre_851188_3476.html].

Qq liens vers des critiques sur le film :
http://www.critikat.com/Election-1-2.html
http://www.cineasie.com/Election.html
http://www.objectif-cinema.com/spip.php?article4798
http://critico-blog.viabloga.com/news/election-1-johnnie-to
http://papercuts.fr/cinema-Johnnie-To-Election-1-2-170.html
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=11112&display_set=eng
http://wildgrounds.com/index.php/2006/07/08/election-2005-johnnie-to/
http://www.cineasie.com/Election.html
http://critiques.over-blog.com/article-5170229.html
http://archive.filmdeculte.com/film/film.php?id=1172

Au final, comme on était si peu, je me suis dit que ça ferait beaucoup trop lourd pour la même soirée, donc un film un peu différent en seconde partie. J’avais sous la main Throw Down de Johnnie To (2004) ou The Longest Nite de Patrick Yau (1998), deux grosses balles monumentales. Le second l’a emporté, Throw Down, étant un film tellement magnifique, que j’aurai préféré montrer au maximum de personnes.

Donc direction Macao et son atmosphère suintante et oppressante, pour une enquête policière des plus tordues. Avec un Tony Leung Chiu Wai transpirant et sans cesse en train de s’éponger le visage à mesure que le piège se referme sur lui, et Lau Ching Wan impressionnant avec son crane rasé et son tatouage sur la nuque, qui jouent tous deux les rôles de manipulateurs et marionnettes, dans une histoire de complot et de trahison, à la manière d’un Usual Suspects.
The Longest Nite est un pur film de genre, un bon polar bien crade et violent, à la mise en scène dentelée (on sent la patte de Johnnie To dans l’esthétique et la mise en scène), qui nous emmène dans les tréfonds d’une ville cinégénique et colorée. Bref, du gros calibre. Merci la Milkyway, société de production de Johnnie To Kei Fung, véritable creuset des meilleures productions hongkongaises depuis plus de 10 ans (j’exagère peut être un peu, mais quand même).
En tout cas, c’est vraiment plaisant de voir des films de Johnnie To dans ces conditions. Des cadres magnifiques, une photo absolument parfaite (malgré le côté chargé/coloré/contrasté de la mise en lumière du cinéma made in HK), on pense à la magnifique scène dans la cellule, avec la lumière en douche et les particules de poussière en suspension, mais aussi celle du début dans le restaurant, avec l’entrée de jour éclatante à l’ouverture et fermeture de la porte et bien sur la séquence finale de la fusillade dans le « palais des glaces » en miroirs ; une mise en scène juste et subtile (la scène du bar avec la serveuse malade qui vomit sur un mafieux énervé qui braque le héros/tueur (Lau Ching Wan), ou encore celle excellente de l’aéroport, où Tony Leung sent le piège se refermer autour de lui, avec les indications et consignes de la police dans son oreillette, et une chute finale sur le modèle d’Usual Suspects « tel est pris qui croyait prendre »).
Ce cycle Johnnie To entamé est une bonne idée, et je compte vous en montrer bien plus au fur et à mesure des séances, sans trop s’éloigner de la thématique « Triades et Yakuzas ». Avec Election et The Longest Nite, on reste dans un domaine connu et balisé, celui du gangster hongkongais et sa représentation au cinéma. Je compte prolonger ce panorama sur Johnnie To, en proposant dès la prochaine séance, Breaking News (à suivre), qui me parait s’inscrire dans les perspectives du thème proposé, malgré ses nombreuses autres problématiques posées (rapport des médias et du cinéma dans la représentation de la violence, utilisation de ceux-ci pour légitimer une action violente, etc).

http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=8327&display_set=eng
http://www.cineasie.com/Longest_Nite.html
http://www.hkcinemagic.com/fr/movie.asp?id=367
http://www.dvdrama.com/rw_fiche-5493-.php
http://www.sancho-asia.com/spip.php?article264
http://www.lovehkfilm.com/reviews/longest_nite.htm
http://made-in-asie.blogspot.com/2009/01/longest-nite-patrick-yau-hk-film.html
http://www.imdb.com/title/tt0168043/
http://la.tete.dans.le.culte.over-blog.fr/article-18044291.html

A bientôt amis cinéphiles. Eddie le 7 mai 2009.

7e PCJ. Guerre des Gangs a Okinawa (Bakuto gaijin butai 博徒外人部隊) de Kinji Fukasaku (Japon/1971) et Made in Usa de Jean Luc Godard (France/1966)

Ce soir, en 1e séance, on reste au pays du soleil-levant, avec le 4e film programmé de Kinji Fukasaku, auteur visiblement bien apprécié des spectateurs de ces soirées. Œuvre essentielle de ce réalisateur politique et contestataire, Guerre des Gangs a Okinawa (1971) pose à la fois les bases du renouveau du yakuza-eiga, et celles de son style unique, dynamique et extrêmement moderne dans sa forme (sans cesse en mouvement comme le soulignent tous ces zooms, panoramiques, caméras-épaules à la limite du documentaire sauvage, cadres très serrés et violents ou immobiles et décadrés ou appuyant une perspective oblique, et ses génériques si caractéristiques qu’on remarque au bout du 4e film montré : le titre rouge et presque sanguinolent sur fond de journaux et coupures de presse en noir et blanc rappelant les actualités et faits-divers violents de l’époque en rapport avec les yakuzas et leur expansion dans la société japonaise moderne, sur une musique jazzy et entrainante, et toujours précédé de la mention ironique: « malgré sa ressemblance avec la réalité, les scènes de ce film ne sont pas basés sur des faits réels », précision importante qui évite d’éventuels soucis de représailles de la part de nos amis tatoués, on ne sait jamais). Un film d’hommes (c’est comme ça qu’on dit), bien marrant. Les mecs sont super virils, se regardent de travers avec des rictus censés être effrayants, se parlent mal et s’envoie des « T’as du cran ! » à chaque coup d’éclat ou chaque phrase de poids (en même temps les gars ne parlent pas trop et préfèrent agir et communiquer avec les poings, alors quand ils commencent à causer…). Les scènes de négociation sont très serrées et tendues, mais le héros garde son sang-froid, son flegme irréductible et surtout sa classe légendaire (« Que ferais-tu à ma place ? Je peux pas le laisser crever »). On remarquera en souriant qu’il porte ses lunettes noires pendant la quasi-totalité du film, sauf la scène d’amour, après laquelle il les remet immédiatement. C’est aussi à ce moment qu’on comprend pourquoi il les garde depuis le début, comme une sorte de barrière protectrice masquant ses faiblesses et la tristesse de ses yeux. Fukasaku nous présente ici une bande de truands au grand cœur et à la grande gueule, entiers et sans concession aucune, qui préfèrent foutre la merde plutôt que de courber l’échine, quitte à laisser plein de choses derrière. La paire d’as formé par le duo Koji Tsuruta/Noboru Ando (2 acteurs récurrents du genre), est tout bonnement excellente et génère de superbes scènes (celle de négociation avec Hadelma et Gushken, et celle contre Tomisaburo Wakayama). On retrouve d’ailleurs le génial Tomisaburo Wakayama, kaishakunnin sur-mythique des Baby Cart, dans un rôle à la mesure de sa large envergure et de sa gueule si typique (spéciale dédicace aussi à son salto avant pour esquiver une voiture dangereuse, cascade impromptue) : ses mimiques exagérées nous présentent un personnage complexe malgré son côté bourrin, qui aime trop son petit frère pour le laisser mourir, et dont la manière de penser primaire et radicale rejoint très vite celle des héros.

Et puis Fukasaku balance du lourd avec ses cadrages et ses mouvements de caméra, chaotiques et mouvementés, mais qui collent parfaitement aux actions et aux personnages (la scène du début dans le bar est géniale, avec cette bande de blacks qui viennent les tuer, alors que notre bande de joyeux yakuzas ne les captent qu’à la fin de la scène, quand le bar est entièrement vide, et la phase avec l’avion, son bruit assourdissant et la grosse fusillade qui s’ensuit). On pense au plan magnifique dans la boite de nuit bien disco, avec la meuf qui danse les seins nus : après un panoramique sinueux et bordélique (les seins de la meuf, puis reprise de point sur le musicien derrière.., puis tous les gens qui dansent en vrac dans un patchwork bien trippé sur un bon son des 70ies) suivi d’un zoom appuyé mais totalement maitrisé vu le sujet grouillant (une boite de nuit pleine à craquer de gens), pour finir par cadrer parfaitement le héros qui entre par une petite porte au fond du champ, puis, après un pano rapide à 360°, on reprend les méchants qui vont rencontrer celui-ci (bien sûr accompagné de son copain qui avait tout prévu et anticipé. Ils échangent d’ailleurs leurs armes au moment de marave Gushken et ses hommes en 3 secondes bam). Ce plan d’intro dans la boite et cette scène sont juste géniales.
Et sur cette fin classique, pour un film du genre (vu leur comportement, on sait direct comment ça va finir), on assiste à une mise à mort vengeresse et sauvage, filmée à l’épaule en courant pour suivre l’action. A la fin héroïque et pathétique, on a l’impression qu’un journaliste vient voler les dernières images de ces hommes « couillus mais d’une autre époque » (comme d’hab’, on la connait). Ils arrivent quand même à buter leurs ennemis (des gros hommes d’affaires véreux, lâches et sans scrupules, qui ne méritent bien sûr que la mort), mais finissent tous en vomissant leur sang sur le bitume (c’est une image), manière de les montrer réaliste et en même temps appuyée dans le pathétique. Ils crèvent comme des chiens, ils le savaient, mais ils ont fait ce qu’ils avaient à faire. Ok.
Un film à voir et à revoir, que j’ai grand plaisir d’avoir pu vous montrer dans ces conditions. (Que 6 spectateurs présents ce soir : Jacki, Luce, Pierrot, Eddie, Laurent, Mimi).


J’ai encore quelques films de Fukasaku à projeter (Le Cimetière de la Morale et Thugs Vs Cops), mais la prochaine fois, direction Hong Kong (on change un peu), avec Johnnie To et les triades. On en parlera plus tard.

http://www.cineasie.co/GuerreDesGangsOkinawa.html
http://wildgrounds.com/index.php/2006/10/03/guerre-des-gangs-a-okinawa-1971-kinji-fukasaku/
http://www.dvdrama.com/news-28702-guerre-des-gangs-a-okinawa-scan-sequence.php
http://yakusa-yakusas.blogspot.com/2008/10/un-film-yakuza-guerre-des-gangs-okinawa.html (en + d’une petite critique, blog entier consacré aux yakuzas)
http://www.sancho-asia.com/spip.php?article851
http://films.psychovision.net/critique/guerre-des-gangs-a-okinawa-476.php
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/guerregangs/
http://www.dvdrama.com/film-29125-guerre-des-gangs-a-okinawa.php
http://www.lesancresnoires.com/yakusadvd.htm


En seconde séance, Jacki nous propose encore un film de Godard, Made In Usa (1966), un film de gangsters intellectuel(-s, le film et les gangsters).
Je dois avouer que j’ai pris super cher, et que j’ai eu du mal à regarder ce film. Aucun souvenir des personnages masculins, sans charisme et inintéressants. Les quelques femmes par contre sont tellement belles que j’en ai rêvé. D’ailleurs, elles ont la meilleure place dans ce film, mais Godard qui semble vouloir les sublimer (comme il le fait avec Bardot dans Le Mépris), les rend paradoxalement potiches, on dirait juste de beaux objets. On sent effectivement une influence plus tard chez Tarantino, dans sa vision des femmes et sa manière de les représenter, à cette différence près qu’elles ont plus de relief dans ses films, au-delà de leur simple beauté. J’ai beaucoup de mal à me rappeler ce film ou même à en reconstituer l’histoire (un gros mot pour Godard). Tout au long du film, une question revient et me martèle le crâne. De quoi nous parle –t’il ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Et pourquoi ? Je n’arrive pas à me dire que ce film a été tourné pour des spectateurs, vu son hermétisme, son côté fermé et son inaccessibilité, ou alors quel type de spectateurs. Je pense que pour ne pas s’ennuyer et lâcher totalement prise (et donc se casser sans voir la fin), il faut un certain nombre de références et de culture et pas mal de complaisance pour suivre et apprécier le discours intello. On comprend d’instinct sa critique destructive du cinéma (d’un cinéma narratif, commercial), mais à chaque seconde, on se demande de quoi il parle au-delà de cette simple critique, qu’est ce qu’il y a d’autre à part cela ? Godard est super énervé, mais parler d’une critique de sa société contemporaine serait tellement pédant. Enervé contre le cinéma, ça par contre oui, c’est clair. Il casse TOUT. Des dialogues inutiles et plein de références intellectuelles, une bande son dépecée et massacrée, des longueurs souvent sans intérêt, son film ne semble pas fait du tout pour des spectateurs (encore un aspect critique du cinéma ??? ce n’est pas fait dans la contrainte du public et de son avis ?), mais alors pour qui ?? Il y a plein de choses intéressantes, comme la scène dans le bar, avec ce dialogue absurde d’un ouvrier dont le verre ne se vide jamais, sans cesse rempli par le barman, ou encore la fin avec un personnage de journaliste qui sait tout et règle tout en 3 phrases pleines de vérités empiriques et figées (on repense d’ailleurs à la scène d’interview dans A Bout de Souffle, avec ce journaliste intello qui sortait ces vérités toutes faites et préconçues sans même écouter la petite journaliste, après quelques recherches je me suis aperçu que ce journaliste arrogant était joué par le réalisateur Jean Pierre Melville), qui parle de la gauche et de la droite en disant que cette équation est périmée et ne devrait plus se poser telle quelle. J’ai du mal avec ces discours politiques, qui même remis dans le contexte de l’époque, me semblent brasser beaucoup de vent. Quand on pense à mai 68 et cette époque rebelle de renouveau culturel et qui « a changé beaucoup de choses et amené plus de libertés », et qu’on fait le constat de l’état des lieux aujourd’hui, je me dis que peu de choses ont changé, et que le désabusement est le même 40 ans après. Que sont devenus les acteurs politiques et culturels de cette période ? Rien n’a changé (j’espère que si).
Autant Les Amants du Pont Neuf est un film qui donne envie de faire du cinéma (parce que bel objet de cinéma, mais surtout pas comparable avec Made In Usa, prétention que je n’ai pas ici), autant ce film de Godard m’a ennuyé, mais aussi donné envie de faire des films, justement contre ça. Parce qu’on ne peut pas se contenter de ce film et de son simple intérêt en tant qu’objet (esthétique) de cinéma. Sinon à quoi (et qui) est-il destiné (surtout pas au peuple, mais bien plutôt à une certaine élite apte à comprendre le message et les références) ?
Pour arrêter de dire de la merde sur ce film, qui m’est hélas resté incompris, je préfère continuer avec une critique intéressante de quelqu’un qui semble avoir plus de références par rapport à tout ça. J’ai d’ailleurs un peu mieux cerné le film en la lisant, dommage que j’ai besoin de ça pour comprendre et apprécier un film.
http://pserve.club.fr/Made_in_Usa.html
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/godard/madeinusa.htm
http://www.imdb.com/title/tt0060647/

Eddie, le 5 avril 2009.

6e PCJ. Okita le Pourfendeur (Gendai Yakuza: hito kiri Yota 現代やくざ 人斬り与太) de Kinji Fukasaku (Japon/1972) et A Bout de Souffle (Breathless) de Jean Luc Godard (France/1960)

Après deux semaines d’absence, on revient enfin chez Jacki pour une nouvelle projection.
Pour prolonger le panorama sur Kinji Fukasaku, le film proposé ce soir est un des classiques du réalisateur, et surtout l’un de ses plus nihilistes avec Le Cimetière de la Morale (1975) : Gendai Yakuza : Hito kiri Yota (Yakuza moderne, Okita le Pourfendeur -1972). On retrouve encore le fameux Bunta Sugawara dans le premier rôle, avec sa gueule grimaçante et son air de blazé qui se fout de tout, dans ce personnage auto-destructeur et sans concession de jeune chien fou, « qui aime les filles et la bagarre » (encore). D’ailleurs sa relation avec la prostituée qu’il a amené dans ce milieu, est particulièrement intéressante : deux êtres remplis de tristesse et de solitude qui ont tout perdu ou en tout cas plus grand-chose à perdre, et elle à cause de lui. Malgré ça, ayant besoin tous 2 d’amour et de chaleur humaine, ils se lient jusqu’à se déchirer. La scène où elle balafre une autre femme, considéré comme rivale, puis le « Si tu veux toucher, faut payer. Je suis une pute. » pour se venger, et surtout la scène finale, où elle finit par devenir la cause de leur destruction, dans une pulsion de mort et d’amour : c’est elle qui, hystérique, va balafrer un yakuza pour « sauver » son compagnon, ce qui provoque sa rage lorsqu’elle meurt.

Le personnage principal, impulsif, violent, rageux, individualiste, et respectueux uniquement de son propre « code » de morale, est à l’image du film de Fukasaku : chaotique, tout comme le Japon d’après-guerre qu’il dépeint. Il provoque des bagarres puis des conflits plus importants, ne respecte rien ni personne, cherche à agrandir son territoire (illusoire) par tous les moyens, est allé plusieurs en maison de redressement et agit seulement par intérêt ou selon ses propres schémas « éthiques et moraux » (« Un chien qui lâche une fois sa proie ne sait plus mordre »ou encore « Je n’appartiens à personne »). Malgré tous ces faits négatifs, Fukasaku le rend humain et pathétique, en le situant dans la misère et le chaos d’après-guerre, et en nous le présentant tel quel, avec sa voix-off au début du film, nous synthétisant son histoire et son enfance en quelques minutes, de manière à la fois choc et comique (dimension tragicomique de l’œuvre de Fukasaku, extrêmement violente et désespérée, et en même temps humaine et drôle, à l’image de ces yakuzas, brutaux et touchants). Cet anti-héros permet à Fukasaku d’exprimer une critique sévère de la société japonaise, à travers l’univers des yakuzas. Alors que la société japonaise se modernise et s’occidentalise à grande vitesse et de manière brutale, elle laisse de côté et renie tous les aspects culturels et traditionnels du Japon qui a ternit son image durant et après la seconde guerre mondiale. Pourtant, les yakuzas sont toujours présents dans cette société, et doivent s’adapter à ces nouveaux changements. Toutes leurs valeurs traditionnelles, en particulier leur code de l’honneur si caractéristique, disparaissent et sont bafouées, pour laisser place à une corruption politique et des activités « légales » et surtout plus lucratives et propres, et moins dangereuses. Les gens comme Okita n’ont plus leur place dans cette société qui souhaite s’aseptiser malgré tous ses travers. Je vous conseille pour une lecture pertinente de ce film, d’aller lire cette chronique intéressante sur le film : http://wildgrounds.com/index.php/2006/10/07/okita-le-pourfendeur-1972-kinji-fukasaku/

Notons ce soir un public parsemé (7 personnes présentes : Mathilde, Jacki, Luce, Manu, Pierrot, Phildar, Eddie), mais assidu qui peut enfin, au fil des projections, effectuer des connections et des rapports entre les films montrés. On trouve qu’Okita dans son traitement de la relation « amoureuse », ainsi que tout le style visuel et dynamique de Fukasaku et sa vision critique de la société japonaise, font très « Nouvelle-Vague » et rejoignent ainsi Kamikaze Club.
Entre les 2 séances, on regarde le clip de Frank Zappa « City of Tiny Lites », réalisé par Tom Corcoran en 1979 (durée: 05:34). Un truc de fou en animation modélisme, sur du bon son à l’ancienne, avec une sorte de pâte à modeler animée et visiblement travaillée à la main image par image, et vu la qualité de l’animation, on peut constater que des images, il y en a beaucoup. Avec ses délires de visages
animés, de matière organique sans cesse en mouvement, on pense aux performances picturales de l’argentin Blu dans Muto (voir http://www.blublu.org/) qui anime ses peintures murales pour les faire se déplacer en ville et raconter des histoires de changements, de transformations. Une sorte de « Walace et Gromit » avant l’heure trippé sous acide, ça me fait penser au court-métrages d’animations que m’avait montré Phildar, mais pas moyen de les retrouver, je ne me rappelle plus le nom..d’ailleurs si Phil s’en rappelle on aura peut être l’info…
Après cet intermède musical proposé par Pierrot, Jacki nous présente le second film de la soirée.


Ça sera un Godard. Il aurait préféré nous en montrer d’autres bien mieux, mais selon lui, A Bout de Souffle semble essentiel pour introduire ce réalisateur, que je n’apprécie pas particulièrement depuis que j’ai du voir plusieurs fois Le Mépris au cours des études. Je garde cependant un bon souvenir de son premier film vu au lycée, mais pour le reste, alors que c’est intéressant à étudier, j’ai l’impression d’en garder le gout amer d’un auteur intellectuel et non plus populaire, qui brise les règles établies (héritage nécessaire et important) et qui base son œuvre sur ce simple fait (comme le fait de poser son nom sur un bidet). On a tout cassé, c’est intéressant, et maintenant. Bien sûr, j’espère évidemment me tromper complètement et changer mon avis sur Godard et sur la Nouvelle Vague plus généralement (j’aimerai bien voir aussi des films de Truffaut que je ne crois pas connaitre), par le biais de ces projections, où l’on propose des films et des lectures de ceux-ci, et la proposition de Jacki est l’occasion d’avoir accès à Godard, qui jusqu’alors m’était hermétique. Je mets donc mon scepticisme de côté et passe mon second contrat tacite de la soirée avec le premier film de Jean Luc Godard.

Présentation du film A Bout de Souffle de Jean Luc Godard (France.1960).
Michel Poiccard se rend à Paris dans une voiture qu’il vient de voler à Marseille. Il doit toucher de l’argent pour un travail qu’il a fait mais dont on ne sait rien. Sur la route il est sifflé par un motard et il tire avec le revolver qu’il a trouvé dans la boite à gants de la voiture volée.
A paris, Patricia Franchini rêve de devenir journaliste et vend le Herald Tribune sur les Champs-Elysées. C’est la fille que Poiccard cherche. Il s’installe dans sa chambre et discute avec elle tout en cherchant à joindre au téléphone un certain Antonio. Ils se rendent ensuite dans un parking où Michel vole une nouvelle voiture. Sa photo et son palmarès sont publiés dans la presse et Michel, qualifié de « meurtrier de la RN 7, est désormais en cavale. On le reconnaît, et la police retrouve sa trace. Tandis que Michel est à son rendez-vous avec un nommé Mansard pour toucher son argent, Patricia assiste à la conférence de presse du romancier Parvulesco. Elle va dénoncer Michel qui est abattu alors qu’il tente de s’enfuir.
(source : http://pagesperso-orange.fr/patrick.lecordier/aboutsesoufflefilm.htm)
Film emblématique de la Nouvelle Vague française, le premier film réalisé par Godard est un film extrêmement dynamique où l’on sent qu’il aime le cinéma et qu’il expérimente ses possibilités formelles, narratives et techniques. C’est aussi un film incontournable de l’histoire du cinéma, qui révolutionne les codes du films noirs autour d’un personnage de jeune con qui prend la vie comme elle vient (alors qu’on sait, comme dans tous les films de ce genre, comment ça finit, surtout après le meurtre d’un flic dès le départ), avec ses nombreuses références et ses phases cultes (le fameux « Si vous n’aimez pas la montagne,…, allez vous faire foutre » accompagné d’un regard caméra improbable, et déclamé par cœur par Manu, quelques secondes avant la scène) et véritable reflet d’une société et d’une époque : ce film est d’un grand intérêt sociologique, en particulier le rapport entre les deux personnages principaux. Belmondo a la classe (mais hélas pas autant que Chow Yun Fat) et on sent à l’époque qu’il fait encore semblant et qu’il veut déjà être un grand. J’ai un peu du mal à m’identifier à ce personnage qui me ressemble trop, un gars qui rêve et qui s’en bat les couilles de tout. Et quelle mort de bolos.. Dommage. Et puis Godard avec sa tête de fouine qui va poucave quand il reconnait Bebel.

Attention, je ne renie pas son apport énorme au genre du film noir, et plus globalement du cinéma. C’est effectivement un film essentiel, qui remet en cause et questionne de nombreuses choses, dans la société et le cinéma.
Sinon, au niveau technique, il y a vraiment des trucs géniaux, comme ce plan séquence dans l’agence, où Belmondo suit son pote derrière le comptoir, suivit de la caméra mobile (sur fauteuil roulant me dit Jacki) et fluide, dans un long mouvement intéressant et grave bien cadré, ou encore les plans dans la rue, où tout le monde se retourne vers la caméra, ainsi que toute la séquence d’intro dans la voiture. Chapeau bas au chef-op, Raoul Coutard qui devait aussi faire le cadre, en mode petite équipe souple et efficace pour petit budget et moyens de production, ainsi que la monteuse, Cécile Decugis : il y a un pur sens du découpage dans ce film (évidemment Godard a du étroitement bosser au découpage et au montage en tant qu’auteur, mais mentionnons quand même les techniciens). Je me demandais d’ailleurs deux choses au niveau de la mise en scène : la fille qui se fait soulever la jupe est-elle prévenue ? et l’homme à terre est-il mort à cause d’un vrai accident ou simplement allongé devant une voiture le temps d’un plan ? Réponse la prochaine fois, ou alors dans la fiche du film que nous fera Jacki. Et cette longue scène de dialogue dans la chambre, sorte de négociation infinie et laborieuse autour d’un objet du désir et d’un mystère insoluble : les femmes. Les 2 claques que Bebel se prend dans la tronche résonnent tellement fort qu’on a mal pour lui, d’ailleurs si je m’en rappelle, c’est qu’elles m’ont marquées.
C’était donc intéressant de regarder le premier film de Godard, véritable manifeste de la Nouvelle Vague et d’un certain cinéma direct et brut, afin d’introduire un petit cycle sur cet auteur avec qui j’ai du mal, mais dont j’aimerai approfondir malgré tout l’étude pour mieux comprendre son impact et son importance.
Je pense qu’il y a des liens à faire entre les deux films présentés ce soir, malgré la distance géographique et leurs différences culturelles. Ce personnage, moins nihiliste chez Belmondo, est dans les deux cas en marge de la société et des règles, vit comme il l’entend et noue des rapports particuliers avec les femmes (quoique plus violent chez Fukasaku, les deux sont malgré tout empreints d’amour). Et puis leur fin tragique et violente, mais tellement prévisible.
Un double-programme éclectique mais plaisant à voir et à connecter.

Liens :
http://www.dailymotion.com/video/x3c1m_frank-zappa-city-of-tiny-lites_music (la video du clip de Frank Zappa)
http://www.blublu.org/sito/video/muto.htm (la video de Blu: Muto)
http://wildgrounds.com/index.php/2006/10/07/okita-le-pourfendeur-1972-kinji-fukasaku/ (la bande-annonce d’Okita le Pourfendeur, en fin de page)
http://www.youtube.com/watch?v=ihbr-drdNEs (celle du prochain film, Guerre des Gangs des Okinawa)

Eddie, le 30 mars 2009.

5e PCJ. Combats Sans Code d’Honneur (Jingi naki tatakai 仁義なき戦い) de Kinji Fukasaku (Jap/1973) et Chungking Express (Chung Hing sam lam 重慶森林) de Wong Kar Wai (HK/1994)

Ce soir, pour rebondir sur la dernière séance (Kamikaze Club), on se refait un film de Kinji Fukasaku, où cette fois-ci la notion de « jingi » est plus prononcée qu’avant (on est avec maintenant avec des yakuzas purs et durs, et non plus des arnaqueurs maîtres-chanteurs). Combats sans Code d’Honneur, présenté ce soir, n’est pas mon film de Fukasaku préféré, mais il est incontournable dans le domaine du yakuza-eiga. Aniki, yubitsume, sakazuki, jingi (voir lexique sur cinemasie.com), yakuzas loyaux et intègres jusqu’à la mort face à la corruption du pouvoir et de l’argent et la société moderne qui n’a plus de place pour eux, flingages chaotiques, pas mal de sang et même des bras coupés, tout y est, dans ce film avec ce héros loyal et taciturne (Bunta Sugawara trop classe. ‘‘Chef. Il me reste encore des balles..’’). La musique de Toshiaki Tsushima est trop énorme, ce thème récurrent mythique qui déchire tout.

Notons ce soir que la pièce est agencée de manière à accueillir un maximum de gens (même si on était que 7 : Jacki, Pierrot, Eddie, Laurent, Phildar, Moussa et Mimi, et aucune fille cette fois pour un film de yakuzas virils). Jacki a mis le canapé devant pour mettre une rangée de sièges derrière, tout en laissant la place pour une ou deux personnes devant par terre sur des coussins.
Le seul problème concerne la ponctualité. Il faudrait arriver plus tôt pour commencer les séances plus tôt, vers 20h30 au lieu de 21h minimum. Si on regarde un deuxième film, on termine à pas d’heure. Ça serait cool de compter une marge maximum de 15 minutes, entre l’heure du rdv et le début du film, le temps de s’installer, d’organiser la pièce (places, son, etc), de se servir un verre, hop présentation du film et c’est parti. Là on attend quelqu’un, on discute pendant trois heures et au final on rentre tard. Enfin bon. Essayons d’être à l’heure svp.

Présentation du film Combats sans Code d’Honneur de Kinji Fukasaku (1973).
La séance se déroule bien, ça fait toujours plaisir de voir ce film malgré ses quelques longueurs, surtout dans des conditions pareilles. On peut apprécier l’image grave stylisée, chaotique et sans cesse mouvante et dynamique de Fukasaku (le début du film qui exprime parfaitement le chaos grouillant du Japon d’après-guerre, caméra à l’épaule et arrêts sur images brutaux, ou encore les cadres débullés et aux perspectives marquées quand ils sont fixes) Le Chaos, matière première de Fukasaku, serait une thématique a développer.
Ce gros classique nous introduit au yakuza-eiga pur, 1er épisode d’une saga mafieuse plus ou moins équivalente au Parrain en Occident, à la « sauce samouraï », avec les codes et les enjeux culturels propres au Japon. On suit l’ascension de Hirono (Bunta Sugawara) dans un système mafieux corrompu et qui n’a plus grand-chose à voir avec le code de l’honneur traditionnel (jingi). On parle du Jingi, notion intraduisible en français (loyauté, amour filial, code de l’honneur, responsabilité, tout ça et plein d’autres choses à la fois), que Tarantino, euphorique et speed, essaie de nous expliquer dans une petite présentation du film en bonus DVD, qu’on zappe avant la fin, pour vite voir le film. On se marre en repensant à la figure changeante du chef, fourbe, lâche et quelquefois manipulateur, qui couine pour qu’on l’aide, en contraste au héros super intègre qui se laisse manipuler tout en connaissant les conséquences, et qui fait ce qu’il a à faire en tant que yakuza, malgré tout ce bordel ambiant. Ce film nous parle finalement de l’individu et sa place dans une société où tout n’est que profit et intérêt. Le Jingi, et surtout la violence, sont des alternatives radicales, en réponse au chaos d’une société où tout s’achète et se vend, même le code de l’honneur.

Combats sans Code d’Honneur, s’il constitue une introduction incontournable au yakuza-eiga, mais aussi à l’univers filmique spécifique de Kinji Fukasaku, est bien plus que ça, notamment avec ses quelques scènes mythiques (le début chaotique et brutal du film, la scène en cellule où le héros devient frère de sang avec le charismatique Tatsuo Umemiya qui s’ouvre le ventre ensuite pour sortir de prison, ou la magnifique scène finale de l’enterrement), qui font de ce film un véritable chef-d’œuvre, à partir d’une banale histoire de guerre des gangs et « d’ascension » dans le milieux (ascension entre guillemets, vu l’évolution bizarre du héros, qui va quand même deux fois en taule dans le film).
Un film intéressant de Fukasaku, que je me devais de vous montrer, pour découvrir son univers dense et bordélique.
Vive le yakuza-eiga et les tatoués japonais !
http://www.dvdrama.com/rw_fiche-3189-.php
http://www.supertoni.ch/71429/71807.html
http://www.lesancresnoires.com/yakusadvd.htm
http://wildgrounds.com/index.php/2006/10/11/combat-sans-code-dhonneur-1973-kinji-fukasaku/

Après une discussion sur le film, et le départ en traître de quelques spectateurs sans aucun code de l’honneur (qui se dépêchent de prendre leur dernier métro), on décide de programmer un film-surprise, au lieu du second de Fukasaku prévu (Okita le Pourfendeur), ce qui n’est pas plus mal, on se serait tapé deux films du même réal, avec le même premier rôle (Bunta), dans le même genre d’histoire, c’est des coups à mélanger les films ça. Surtout avec des japonais énervés…
Jacki nous présente donc Chungking Express de Wong Kar Wai (1994), son « troisième film préféré ».
Je crois confondre ce film avec Fallen Angels ou un autre encore du même réal, mais très vite avec la musique et Brigitte Lin (actrice sur-mythique de films de sabre made in HK), sa perruque blonde et ses lunettes noires, impossible de se tromper. C’est vrai que ce film (une histoire d’amour à la con où les protagonistes s’aiment sans arriver à s’atteindre vraiment-ouhla le résumé…) est vraiment excellent, trop bien photographié, et une mise en scène tout en retenue et en justesse. Wong Kar Wai est balaise, et on sent malgré toutes ses influences de l’Occident, que son cinéma est ancré dans la ville de Hong Kong et lui appartient totalement. Un film purement hongkongais, et sa thématique de terre de transition, d’émigration, de point de départ et de passage. Wong Kar Wai aime les femmes aussi et les filme trop bien. Mais surtout, surtout, la musique.

Un petit trailer pour se souvenir de cette musique lancinante.

Dès le début du film, j’ai repris une énorme claque, avec cette musique absolument magnifique de Michael Galasso qui nous fait direct entrer dans les images à la fois saccadées et oniriques de ce film. D’ailleurs en parlant de photo, trois chefs-op se succèdent sur ce film, dont bien sûr Christopher Doyle et Andrew Lau (dont on a vu les mêmes images saccadées et le même travail sur l’obturateur dans son film Young and Dangerous, en moins bien traité et moins lisible), pour signer une image magnifique qui sert complètement le propos du réalisateur. Pour le coup, c’est bien sympa de pouvoir le revoir sur le beau mur de Jacki en grand. Merci à lui.
On discute un peu de ce film, sa manière de bosser avec les acteurs, de les diriger, ses cadres grave esthétiques et riches, mais une fiche complète du film faite par Jacki va bientôt suivre, pour plus de détails. D’ailleurs, la vision de ce film m’a conforté dans l’idée que j’avais de montrer le 1er film de Wong Kar Wai, As Tears Go By, dans le cadre de mon programme. On en reparle bientôt.

Et maintenant qu’on a été introduit à l’univers de Wong Kar Wai, on va pouvoir rebondir sur d’autres propositions de programmes, comme celui de Jacki, qui veut faire une connexion entre Tarantino, Godard et Wong Kar Wai, si j’ai bien compris.
Je pense qu’il serait judicieux, dès la prochaine séance, de commencer à alterner les thématiques et les films, pour diversifier les séances et pas bouffer que des yakuza-eigas et atteindre de les avoir tous vu pour passer à autre chose. Ça va vite saouler tout le monde.
Alors, dès la prochaine fois, je compte sur Jacki pour nous concocter une petite programmation, en tout cas proposer un film qui va nous permettre d’ouvrir les projections à d’autres thèmes, pour commencer à alterner dès maintenant. Le but du jeu c’est pas que de regarder des films de gangsters asiatiques, mais de rendre accessibles des films essentiels et incontournables. « Triades et Yakuzas » est ma première proposition de programme, très ciblé thématiquement, pour commencer avec du lourd, mais je compte bien vous proposer d’autres thèmes et films bien différents.
http://www.imdb.com/title/tt0109424/
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=7867&display_set=eng
http://www.cineasie.com/ChungkingExpress.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chungking_Express
http://wkwai.free.fr/filmo/chungking-express/chungking-express.htm
http://www.ecranlarge.com/movie_review-read-7174-43211.php
http://www.telerama.fr/cinema/films/chungking-express,35395,critique.php
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/chungkingexpress/
http://www.hkmania.com/comedies/films/chungkingexpress.htm

En tout cas, ce soir c’était une double-séance fort intéressante, entre le Japon et Hong Kong. Ça fait plaisir de voyager comme ça dans la chambre de Jacki.
Allez a plus.
Eddie, le 13 mars 2009.

Bonjour tout le monde !

Je vais profiter ce post automatiquement crée par wordpress pour ouvrir ce nouveau blog, dédié aux Projections Chez Jacki (PCJ pour les intimes).
Voici donc la page wordpress officielle des PCJ, sur laquelle vous trouverez le programme complet, les Apéritifs, les Films Mystères pour tenter de gagner votre place, des images, des articles, des comptes rendus de projections, des fiches de films et bien d’autres choses.
Le site est encore en cours de construction, donc soyez patients et indulgents.