7e PCJ. Guerre des Gangs a Okinawa (Bakuto gaijin butai 博徒外人部隊) de Kinji Fukasaku (Japon/1971) et Made in Usa de Jean Luc Godard (France/1966)

Ce soir, en 1e séance, on reste au pays du soleil-levant, avec le 4e film programmé de Kinji Fukasaku, auteur visiblement bien apprécié des spectateurs de ces soirées. Œuvre essentielle de ce réalisateur politique et contestataire, Guerre des Gangs a Okinawa (1971) pose à la fois les bases du renouveau du yakuza-eiga, et celles de son style unique, dynamique et extrêmement moderne dans sa forme (sans cesse en mouvement comme le soulignent tous ces zooms, panoramiques, caméras-épaules à la limite du documentaire sauvage, cadres très serrés et violents ou immobiles et décadrés ou appuyant une perspective oblique, et ses génériques si caractéristiques qu’on remarque au bout du 4e film montré : le titre rouge et presque sanguinolent sur fond de journaux et coupures de presse en noir et blanc rappelant les actualités et faits-divers violents de l’époque en rapport avec les yakuzas et leur expansion dans la société japonaise moderne, sur une musique jazzy et entrainante, et toujours précédé de la mention ironique: « malgré sa ressemblance avec la réalité, les scènes de ce film ne sont pas basés sur des faits réels », précision importante qui évite d’éventuels soucis de représailles de la part de nos amis tatoués, on ne sait jamais). Un film d’hommes (c’est comme ça qu’on dit), bien marrant. Les mecs sont super virils, se regardent de travers avec des rictus censés être effrayants, se parlent mal et s’envoie des « T’as du cran ! » à chaque coup d’éclat ou chaque phrase de poids (en même temps les gars ne parlent pas trop et préfèrent agir et communiquer avec les poings, alors quand ils commencent à causer…). Les scènes de négociation sont très serrées et tendues, mais le héros garde son sang-froid, son flegme irréductible et surtout sa classe légendaire (« Que ferais-tu à ma place ? Je peux pas le laisser crever »). On remarquera en souriant qu’il porte ses lunettes noires pendant la quasi-totalité du film, sauf la scène d’amour, après laquelle il les remet immédiatement. C’est aussi à ce moment qu’on comprend pourquoi il les garde depuis le début, comme une sorte de barrière protectrice masquant ses faiblesses et la tristesse de ses yeux. Fukasaku nous présente ici une bande de truands au grand cœur et à la grande gueule, entiers et sans concession aucune, qui préfèrent foutre la merde plutôt que de courber l’échine, quitte à laisser plein de choses derrière. La paire d’as formé par le duo Koji Tsuruta/Noboru Ando (2 acteurs récurrents du genre), est tout bonnement excellente et génère de superbes scènes (celle de négociation avec Hadelma et Gushken, et celle contre Tomisaburo Wakayama). On retrouve d’ailleurs le génial Tomisaburo Wakayama, kaishakunnin sur-mythique des Baby Cart, dans un rôle à la mesure de sa large envergure et de sa gueule si typique (spéciale dédicace aussi à son salto avant pour esquiver une voiture dangereuse, cascade impromptue) : ses mimiques exagérées nous présentent un personnage complexe malgré son côté bourrin, qui aime trop son petit frère pour le laisser mourir, et dont la manière de penser primaire et radicale rejoint très vite celle des héros.

Et puis Fukasaku balance du lourd avec ses cadrages et ses mouvements de caméra, chaotiques et mouvementés, mais qui collent parfaitement aux actions et aux personnages (la scène du début dans le bar est géniale, avec cette bande de blacks qui viennent les tuer, alors que notre bande de joyeux yakuzas ne les captent qu’à la fin de la scène, quand le bar est entièrement vide, et la phase avec l’avion, son bruit assourdissant et la grosse fusillade qui s’ensuit). On pense au plan magnifique dans la boite de nuit bien disco, avec la meuf qui danse les seins nus : après un panoramique sinueux et bordélique (les seins de la meuf, puis reprise de point sur le musicien derrière.., puis tous les gens qui dansent en vrac dans un patchwork bien trippé sur un bon son des 70ies) suivi d’un zoom appuyé mais totalement maitrisé vu le sujet grouillant (une boite de nuit pleine à craquer de gens), pour finir par cadrer parfaitement le héros qui entre par une petite porte au fond du champ, puis, après un pano rapide à 360°, on reprend les méchants qui vont rencontrer celui-ci (bien sûr accompagné de son copain qui avait tout prévu et anticipé. Ils échangent d’ailleurs leurs armes au moment de marave Gushken et ses hommes en 3 secondes bam). Ce plan d’intro dans la boite et cette scène sont juste géniales.
Et sur cette fin classique, pour un film du genre (vu leur comportement, on sait direct comment ça va finir), on assiste à une mise à mort vengeresse et sauvage, filmée à l’épaule en courant pour suivre l’action. A la fin héroïque et pathétique, on a l’impression qu’un journaliste vient voler les dernières images de ces hommes « couillus mais d’une autre époque » (comme d’hab’, on la connait). Ils arrivent quand même à buter leurs ennemis (des gros hommes d’affaires véreux, lâches et sans scrupules, qui ne méritent bien sûr que la mort), mais finissent tous en vomissant leur sang sur le bitume (c’est une image), manière de les montrer réaliste et en même temps appuyée dans le pathétique. Ils crèvent comme des chiens, ils le savaient, mais ils ont fait ce qu’ils avaient à faire. Ok.
Un film à voir et à revoir, que j’ai grand plaisir d’avoir pu vous montrer dans ces conditions. (Que 6 spectateurs présents ce soir : Jacki, Luce, Pierrot, Eddie, Laurent, Mimi).


J’ai encore quelques films de Fukasaku à projeter (Le Cimetière de la Morale et Thugs Vs Cops), mais la prochaine fois, direction Hong Kong (on change un peu), avec Johnnie To et les triades. On en parlera plus tard.

http://www.cineasie.co/GuerreDesGangsOkinawa.html
http://wildgrounds.com/index.php/2006/10/03/guerre-des-gangs-a-okinawa-1971-kinji-fukasaku/
http://www.dvdrama.com/news-28702-guerre-des-gangs-a-okinawa-scan-sequence.php
http://yakusa-yakusas.blogspot.com/2008/10/un-film-yakuza-guerre-des-gangs-okinawa.html (en + d’une petite critique, blog entier consacré aux yakuzas)
http://www.sancho-asia.com/spip.php?article851
http://films.psychovision.net/critique/guerre-des-gangs-a-okinawa-476.php
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/guerregangs/
http://www.dvdrama.com/film-29125-guerre-des-gangs-a-okinawa.php
http://www.lesancresnoires.com/yakusadvd.htm


En seconde séance, Jacki nous propose encore un film de Godard, Made In Usa (1966), un film de gangsters intellectuel(-s, le film et les gangsters).
Je dois avouer que j’ai pris super cher, et que j’ai eu du mal à regarder ce film. Aucun souvenir des personnages masculins, sans charisme et inintéressants. Les quelques femmes par contre sont tellement belles que j’en ai rêvé. D’ailleurs, elles ont la meilleure place dans ce film, mais Godard qui semble vouloir les sublimer (comme il le fait avec Bardot dans Le Mépris), les rend paradoxalement potiches, on dirait juste de beaux objets. On sent effectivement une influence plus tard chez Tarantino, dans sa vision des femmes et sa manière de les représenter, à cette différence près qu’elles ont plus de relief dans ses films, au-delà de leur simple beauté. J’ai beaucoup de mal à me rappeler ce film ou même à en reconstituer l’histoire (un gros mot pour Godard). Tout au long du film, une question revient et me martèle le crâne. De quoi nous parle –t’il ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Et pourquoi ? Je n’arrive pas à me dire que ce film a été tourné pour des spectateurs, vu son hermétisme, son côté fermé et son inaccessibilité, ou alors quel type de spectateurs. Je pense que pour ne pas s’ennuyer et lâcher totalement prise (et donc se casser sans voir la fin), il faut un certain nombre de références et de culture et pas mal de complaisance pour suivre et apprécier le discours intello. On comprend d’instinct sa critique destructive du cinéma (d’un cinéma narratif, commercial), mais à chaque seconde, on se demande de quoi il parle au-delà de cette simple critique, qu’est ce qu’il y a d’autre à part cela ? Godard est super énervé, mais parler d’une critique de sa société contemporaine serait tellement pédant. Enervé contre le cinéma, ça par contre oui, c’est clair. Il casse TOUT. Des dialogues inutiles et plein de références intellectuelles, une bande son dépecée et massacrée, des longueurs souvent sans intérêt, son film ne semble pas fait du tout pour des spectateurs (encore un aspect critique du cinéma ??? ce n’est pas fait dans la contrainte du public et de son avis ?), mais alors pour qui ?? Il y a plein de choses intéressantes, comme la scène dans le bar, avec ce dialogue absurde d’un ouvrier dont le verre ne se vide jamais, sans cesse rempli par le barman, ou encore la fin avec un personnage de journaliste qui sait tout et règle tout en 3 phrases pleines de vérités empiriques et figées (on repense d’ailleurs à la scène d’interview dans A Bout de Souffle, avec ce journaliste intello qui sortait ces vérités toutes faites et préconçues sans même écouter la petite journaliste, après quelques recherches je me suis aperçu que ce journaliste arrogant était joué par le réalisateur Jean Pierre Melville), qui parle de la gauche et de la droite en disant que cette équation est périmée et ne devrait plus se poser telle quelle. J’ai du mal avec ces discours politiques, qui même remis dans le contexte de l’époque, me semblent brasser beaucoup de vent. Quand on pense à mai 68 et cette époque rebelle de renouveau culturel et qui « a changé beaucoup de choses et amené plus de libertés », et qu’on fait le constat de l’état des lieux aujourd’hui, je me dis que peu de choses ont changé, et que le désabusement est le même 40 ans après. Que sont devenus les acteurs politiques et culturels de cette période ? Rien n’a changé (j’espère que si).
Autant Les Amants du Pont Neuf est un film qui donne envie de faire du cinéma (parce que bel objet de cinéma, mais surtout pas comparable avec Made In Usa, prétention que je n’ai pas ici), autant ce film de Godard m’a ennuyé, mais aussi donné envie de faire des films, justement contre ça. Parce qu’on ne peut pas se contenter de ce film et de son simple intérêt en tant qu’objet (esthétique) de cinéma. Sinon à quoi (et qui) est-il destiné (surtout pas au peuple, mais bien plutôt à une certaine élite apte à comprendre le message et les références) ?
Pour arrêter de dire de la merde sur ce film, qui m’est hélas resté incompris, je préfère continuer avec une critique intéressante de quelqu’un qui semble avoir plus de références par rapport à tout ça. J’ai d’ailleurs un peu mieux cerné le film en la lisant, dommage que j’ai besoin de ça pour comprendre et apprécier un film.
http://pserve.club.fr/Made_in_Usa.html
http://www.cineclubdecaen.com/realisat/godard/madeinusa.htm
http://www.imdb.com/title/tt0060647/

Eddie, le 5 avril 2009.

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