5e PCJ. Combats Sans Code d’Honneur (Jingi naki tatakai 仁義なき戦い) de Kinji Fukasaku (Jap/1973) et Chungking Express (Chung Hing sam lam 重慶森林) de Wong Kar Wai (HK/1994)

Ce soir, pour rebondir sur la dernière séance (Kamikaze Club), on se refait un film de Kinji Fukasaku, où cette fois-ci la notion de « jingi » est plus prononcée qu’avant (on est avec maintenant avec des yakuzas purs et durs, et non plus des arnaqueurs maîtres-chanteurs). Combats sans Code d’Honneur, présenté ce soir, n’est pas mon film de Fukasaku préféré, mais il est incontournable dans le domaine du yakuza-eiga. Aniki, yubitsume, sakazuki, jingi (voir lexique sur cinemasie.com), yakuzas loyaux et intègres jusqu’à la mort face à la corruption du pouvoir et de l’argent et la société moderne qui n’a plus de place pour eux, flingages chaotiques, pas mal de sang et même des bras coupés, tout y est, dans ce film avec ce héros loyal et taciturne (Bunta Sugawara trop classe. ‘‘Chef. Il me reste encore des balles..’’). La musique de Toshiaki Tsushima est trop énorme, ce thème récurrent mythique qui déchire tout.

Notons ce soir que la pièce est agencée de manière à accueillir un maximum de gens (même si on était que 7 : Jacki, Pierrot, Eddie, Laurent, Phildar, Moussa et Mimi, et aucune fille cette fois pour un film de yakuzas virils). Jacki a mis le canapé devant pour mettre une rangée de sièges derrière, tout en laissant la place pour une ou deux personnes devant par terre sur des coussins.
Le seul problème concerne la ponctualité. Il faudrait arriver plus tôt pour commencer les séances plus tôt, vers 20h30 au lieu de 21h minimum. Si on regarde un deuxième film, on termine à pas d’heure. Ça serait cool de compter une marge maximum de 15 minutes, entre l’heure du rdv et le début du film, le temps de s’installer, d’organiser la pièce (places, son, etc), de se servir un verre, hop présentation du film et c’est parti. Là on attend quelqu’un, on discute pendant trois heures et au final on rentre tard. Enfin bon. Essayons d’être à l’heure svp.

Présentation du film Combats sans Code d’Honneur de Kinji Fukasaku (1973).
La séance se déroule bien, ça fait toujours plaisir de voir ce film malgré ses quelques longueurs, surtout dans des conditions pareilles. On peut apprécier l’image grave stylisée, chaotique et sans cesse mouvante et dynamique de Fukasaku (le début du film qui exprime parfaitement le chaos grouillant du Japon d’après-guerre, caméra à l’épaule et arrêts sur images brutaux, ou encore les cadres débullés et aux perspectives marquées quand ils sont fixes) Le Chaos, matière première de Fukasaku, serait une thématique a développer.
Ce gros classique nous introduit au yakuza-eiga pur, 1er épisode d’une saga mafieuse plus ou moins équivalente au Parrain en Occident, à la « sauce samouraï », avec les codes et les enjeux culturels propres au Japon. On suit l’ascension de Hirono (Bunta Sugawara) dans un système mafieux corrompu et qui n’a plus grand-chose à voir avec le code de l’honneur traditionnel (jingi). On parle du Jingi, notion intraduisible en français (loyauté, amour filial, code de l’honneur, responsabilité, tout ça et plein d’autres choses à la fois), que Tarantino, euphorique et speed, essaie de nous expliquer dans une petite présentation du film en bonus DVD, qu’on zappe avant la fin, pour vite voir le film. On se marre en repensant à la figure changeante du chef, fourbe, lâche et quelquefois manipulateur, qui couine pour qu’on l’aide, en contraste au héros super intègre qui se laisse manipuler tout en connaissant les conséquences, et qui fait ce qu’il a à faire en tant que yakuza, malgré tout ce bordel ambiant. Ce film nous parle finalement de l’individu et sa place dans une société où tout n’est que profit et intérêt. Le Jingi, et surtout la violence, sont des alternatives radicales, en réponse au chaos d’une société où tout s’achète et se vend, même le code de l’honneur.

Combats sans Code d’Honneur, s’il constitue une introduction incontournable au yakuza-eiga, mais aussi à l’univers filmique spécifique de Kinji Fukasaku, est bien plus que ça, notamment avec ses quelques scènes mythiques (le début chaotique et brutal du film, la scène en cellule où le héros devient frère de sang avec le charismatique Tatsuo Umemiya qui s’ouvre le ventre ensuite pour sortir de prison, ou la magnifique scène finale de l’enterrement), qui font de ce film un véritable chef-d’œuvre, à partir d’une banale histoire de guerre des gangs et « d’ascension » dans le milieux (ascension entre guillemets, vu l’évolution bizarre du héros, qui va quand même deux fois en taule dans le film).
Un film intéressant de Fukasaku, que je me devais de vous montrer, pour découvrir son univers dense et bordélique.
Vive le yakuza-eiga et les tatoués japonais !
http://www.dvdrama.com/rw_fiche-3189-.php
http://www.supertoni.ch/71429/71807.html
http://www.lesancresnoires.com/yakusadvd.htm
http://wildgrounds.com/index.php/2006/10/11/combat-sans-code-dhonneur-1973-kinji-fukasaku/

Après une discussion sur le film, et le départ en traître de quelques spectateurs sans aucun code de l’honneur (qui se dépêchent de prendre leur dernier métro), on décide de programmer un film-surprise, au lieu du second de Fukasaku prévu (Okita le Pourfendeur), ce qui n’est pas plus mal, on se serait tapé deux films du même réal, avec le même premier rôle (Bunta), dans le même genre d’histoire, c’est des coups à mélanger les films ça. Surtout avec des japonais énervés…
Jacki nous présente donc Chungking Express de Wong Kar Wai (1994), son « troisième film préféré ».
Je crois confondre ce film avec Fallen Angels ou un autre encore du même réal, mais très vite avec la musique et Brigitte Lin (actrice sur-mythique de films de sabre made in HK), sa perruque blonde et ses lunettes noires, impossible de se tromper. C’est vrai que ce film (une histoire d’amour à la con où les protagonistes s’aiment sans arriver à s’atteindre vraiment-ouhla le résumé…) est vraiment excellent, trop bien photographié, et une mise en scène tout en retenue et en justesse. Wong Kar Wai est balaise, et on sent malgré toutes ses influences de l’Occident, que son cinéma est ancré dans la ville de Hong Kong et lui appartient totalement. Un film purement hongkongais, et sa thématique de terre de transition, d’émigration, de point de départ et de passage. Wong Kar Wai aime les femmes aussi et les filme trop bien. Mais surtout, surtout, la musique.

Un petit trailer pour se souvenir de cette musique lancinante.

Dès le début du film, j’ai repris une énorme claque, avec cette musique absolument magnifique de Michael Galasso qui nous fait direct entrer dans les images à la fois saccadées et oniriques de ce film. D’ailleurs en parlant de photo, trois chefs-op se succèdent sur ce film, dont bien sûr Christopher Doyle et Andrew Lau (dont on a vu les mêmes images saccadées et le même travail sur l’obturateur dans son film Young and Dangerous, en moins bien traité et moins lisible), pour signer une image magnifique qui sert complètement le propos du réalisateur. Pour le coup, c’est bien sympa de pouvoir le revoir sur le beau mur de Jacki en grand. Merci à lui.
On discute un peu de ce film, sa manière de bosser avec les acteurs, de les diriger, ses cadres grave esthétiques et riches, mais une fiche complète du film faite par Jacki va bientôt suivre, pour plus de détails. D’ailleurs, la vision de ce film m’a conforté dans l’idée que j’avais de montrer le 1er film de Wong Kar Wai, As Tears Go By, dans le cadre de mon programme. On en reparle bientôt.

Et maintenant qu’on a été introduit à l’univers de Wong Kar Wai, on va pouvoir rebondir sur d’autres propositions de programmes, comme celui de Jacki, qui veut faire une connexion entre Tarantino, Godard et Wong Kar Wai, si j’ai bien compris.
Je pense qu’il serait judicieux, dès la prochaine séance, de commencer à alterner les thématiques et les films, pour diversifier les séances et pas bouffer que des yakuza-eigas et atteindre de les avoir tous vu pour passer à autre chose. Ça va vite saouler tout le monde.
Alors, dès la prochaine fois, je compte sur Jacki pour nous concocter une petite programmation, en tout cas proposer un film qui va nous permettre d’ouvrir les projections à d’autres thèmes, pour commencer à alterner dès maintenant. Le but du jeu c’est pas que de regarder des films de gangsters asiatiques, mais de rendre accessibles des films essentiels et incontournables. « Triades et Yakuzas » est ma première proposition de programme, très ciblé thématiquement, pour commencer avec du lourd, mais je compte bien vous proposer d’autres thèmes et films bien différents.
http://www.imdb.com/title/tt0109424/
http://hkmdb.com/db/movies/view.mhtml?id=7867&display_set=eng
http://www.cineasie.com/ChungkingExpress.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chungking_Express
http://wkwai.free.fr/filmo/chungking-express/chungking-express.htm
http://www.ecranlarge.com/movie_review-read-7174-43211.php
http://www.telerama.fr/cinema/films/chungking-express,35395,critique.php
http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/chungkingexpress/
http://www.hkmania.com/comedies/films/chungkingexpress.htm

En tout cas, ce soir c’était une double-séance fort intéressante, entre le Japon et Hong Kong. Ça fait plaisir de voyager comme ça dans la chambre de Jacki.
Allez a plus.
Eddie, le 13 mars 2009.

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